Jour 2
- nounousady
- 2 avr.
- 4 min de lecture
Derrière la douceur, la rigueur.
Ce matin, le réveil sonne à 9h15.Pas plus tôt, pas plus tard.Je n’ai jamais aimé les levers précipités j’aime que le silence s’installe avant moi, que la lumière pénètre doucement dans la pièce, et que le Bloc 13 reprenne son souffle.Ici, rien ne ressemble à un donjon.La chambre est paisible, presque neutre, décorée de quelques peluches, d’un lit à barreaux, d’une étagère de couches rangées par taille et par couleur , ainsi que des plug divers et variés, d'une rangée de biberon, et d'aiguilles qui trône a l'étage supérieur de toute les tailles différentes.On pourrait croire à un paradis.On pourrait.
Mais il suffit d’un pas de plus pour que l’illusion se fissure :-la table médicale-la desserte en acier
les gants
les cages de chasteté
les différentes crèmes
-les compresses stérile
le désinfectant
le lubrifiant
l'oxymètre
Le tensiomètre
la trousse de sondes uretrales, le tout brille d’un éclat propre, méthodique.
J’aime ce contraste : l’innocence qui masque la rigueur, la douceur qui cache le contrôle.
Le BS est déjà réveillé.Position protocolaire : à genoux, mains derrière le dos, regard vers le sol.Il sait que je n’aime pas attendre.Je m’avance lentement, mes pas sur le parquet deviennent le signal qu’il redoute et espère à la fois.
— Bonjour, dis-je simplement.
Ma voix est calme, mais dans ce calme il y a déjà une promesse.Je prends le carnet sur la table médical, celui où je note chaque détail : heure de réveil, état général, comportement, poids.La pesée de la couche est la première étape du jour.Je fixe toujours un seuil différent, pour ne jamais lui permettre d’anticiper.Aujourd’hui : 3,5 kilos.Il atteint juste le minimum, mais j’ai décidé que ce ne sera pas suffisant.
— Trop léger, dis-je en refermant le carnet. Tu la garderas.
Il baisse la tête.Il sait ce que cela signifie : pas de douche, pas de confort, pas de répit.La chaleur et l’humidité lui colleront à la peau jusqu’à la fin.Chaque matin, je le fais. Pas pour le besoin, mais pour lui rappeler qu’ici, le corps appartient à la règle, pas à lui.
Je me redresse, range le matériel, puis je souris. — On va jouer.
C’est une phrase qu’il redoute plus qu’une menace.Les jeux du Bloc 13 n’ont jamais rien d’enfantin, même si je m’amuse à les habiller de ce mot.
Aujourd’hui, j’ai choisi la chaise musicale.Un classique. Simple, efficace, humiliant.La musique résonne depuis la petite enceinte posée sur la table, des notes presque joyeuses, décalées dans cet environnement trop sage.Mais lui, il ne rira pas.J’installe une seule chaise bien entendu pour moi.Je la place au coin de la pièce, juste à côté du tapis d’acupression.Lui tournera autour, en chaussons à pointes, avec un bâillon harmonica en bouche.
Le jeu commence.La musique s’élève.Je l’observe tourner lentement, gêné, déjà mal à l’aise.Lorsqu’elle s’arrête, il doit obéir à mes ordres : à quatre pattes, à genoux, debout, ou en position de gainage sur les coudes.Je varie, selon mon humeur.Je ris parfois, surtout quand l’harmonica émet ces sons absurdes, ces plaintes mélangées à la mélodie.
Les minutes deviennent des heures.Je le vois trembler, ses genoux encore meurtris de la veille, la peau rougie, les mains crispées.Il essaie de suivre, de ne pas flancher, mais je lis la fatigue dans ses épaules.Je pourrais arrêter. Mais j’aime le voir résister, encore un peu.Ce moment où le regard change, où la fierté se brise lentement… c’est là que tout commence.
Quand la musique s’éteint définitivement, je reste assise un instant, silencieuse.Puis je murmure :C’est bien. Maintenant, mange.
Le repas du midi est simple : une purée fade, servie dans un plateau posée au sol.Le goût est volontairement amer, mais je veille à ce qu’il soit nourrissant.La discipline ne doit pas détruire, seulement façonner.
L’après-midi, j’aime passer à l’esprit.13h.Je lui tends un carnet, un stylo, et j’annonce : — Tu vas m’écrire une poésie en Alexandrin. 24 vers, 12 syllabes, sur le thème que je choisis.Le thème du jour : l’obéissance.
Il me regarde, surpris, presque désemparé.Mais je ne répète pas.Pendant deux heures, il écrit, rature, recommence.Pendant deux heures, je me repose et je le laisse seul dans sa condition mais toujours sous surveillance avec la caméra qui tourne 24h/24.Le Bloc 13 vit à mon rythme, et mon repos fait partie de sa soumission.
À 15h, je me lève, et quand j'arrive j’attrape le carnet et je lis.Des fautes, des manques, des rimes hésitantes.Je soupire, feignant la déception. — Choisis, dis-je calmement : petite, moyenne ou difficile.
Je le regarde longuement avant d’ajouter : — Mais tu sais bien que je peux changer d’avis, non ?
C’est ce que j’aime le plus dans ce rituel : le laisser croire qu’il a un choix.Ce petit espoir idiot, qui se brise à chaque fois.
16h.Une pause.Ce que d’autres appelleraient aftercare, je l’appelle silence utile.Pas de téléphone, pas de musique, pas de parole.Juste le vide, pour que le mental se décompose lentement.
18h.Douche froide. Chronométrée.Je ne m’en occupe pas il se lave seul.Je reste à distance, j’observe, je note.Il sait que chaque geste, chaque regard, chaque frisson est analysé.Le contrôle, ici, ne s’arrête jamais.
19h.Le repas du soir se prend en chaise haute, menotté.Je le laisse manger seul, lentement, sous ma surveillance.Je ne parle pas. Lui non plus.Le seul bruit est celui des couverts contre le plastique.Ce silence me plaît.
21h30.C’est l’heure du coucher protocolaire.Je choisis la tenue de nuit : camisole complète, sans couette.Le froid de la pièce s’installe doucement.Je le regarde s’allonger, le corps tendu, épuisé.Je m’approche, effleure sa joue du bout des doigts. — Dors. Demain sera pire, dis-je dans un murmure.
Je quitte la chambre, referme la porte lentement.Les caméras enregistrent, comme toujours.Dans le couloir, je note la journée sur mon carnet :Résistance moyenne. Bon maintien du protocole. Fatigue mentale à renforcer.
Je souris en traçant la dernière phrase.Le Bloc 13 dort, mais moi, je sais déjà ce que je lui réserve demain.Et rien que d’y penser… j’en frémis d’impatience.




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